Lettre d’amour d’une enseignante de Cardinal-Léger à la langue française

20 mars 2021

Guédeline Desrosiers enseigne depuis plusieurs années à l’école Cardinal-Léger à Anjou.  

Chaque jour, elle partage son amour du français avec ses élèves de première année. L'enseignante est également autrice et son livre jeunesse, Lili Rose - La rencontre sera d’ailleurs lancé dans les prochaines semaines! 


Guédeline Desrosiers, enseignante à l’école Cardinal-Léger.

En cette Journée internationale de la Francophonie, nous vous invitons à lire la très belle lettre d’amour de Mme Desrosiers à sa langue d’adoption, dans laquelle elle parle également de l’importance des mots dans son enseignement.  

Merci à tout(e)s nos enseignant(e)s qui font découvrir et aimer le français à nos élèves!  

« Le français est cette langue, qui, bien soudée à ma langue maternelle, le créole, cohabite avec elle dans mon cœur depuis près de 30 ans. Je l’ai appris en classe d’accueil, à vélo dans une ruelle et quelque part entre un épisode de Passe-Partout et une reprise de Ciné-cadeau. Je l’ai longtemps griffonné dans des petits carnets, y laissant des traces de joie et quelques traits de tristesse. J’ai voyagé et rêvé en français, les yeux grands ouverts, devant des pages d’idées qui ont nourri mon imagination. J’aime ses sons et ses rythmes. Je crie ses mots et je danse ses vers. C’est avec cet entrain que j’essaie de faire apprécier cette belle langue à mes élèves.   

Mon outil de prédilection, c’est la littérature jeunesse, qui occupe une très grande place dans mon enseignement. Je l’utilise pour amorcer une discussion, pour explorer un thème ou pour donner le goût d’écrire. Lire aux élèves, c’est leur donner un contexte authentique pour prédire, pour comprendre, pour inférer, pour rire et pour créer. Cela leur donne également des mots nouveaux pour dire et redéfinir leur pensée.  

Dans les dernières semaines, j’ai par exemple lu avec eux La grande fabrique de mots (Agnes De Lestrade) et Le collectionneur de mots (Peter H. Reynolds), des albums qui mettent la langue en valeur. On y retrouve la sensibilité, la richesse et l’étendue des possibilités du français.  Avec mes élèves, comme les personnages de ces deux histoires, nous avons recherché des mots de toutes sortes. Nous les avons catégorisés, transformés et nous les avons fait rimer. Nous avons aussi choisi des mots qui nous font du bien et qui donnent du bonheur. Nous avons appris le pouvoir des mots.  

Le français voyage dans ma classe. De l’école à la maison, la chasse aux mots s’est poursuivie avec les parents. Mes élèves de première année, munis d’un petit sac, sont partis en mission : trouver des mots qui font du bien aux autres membres de leur famille. C’est d’un trait d’union que ces mots d’amour écrits en français ont aussi rencontré d’autres mots traduits en créole, en arabe, en espagnol et en anglais (écrits par papa ou maman). C’est une activité fort simple, mais elle crée de petits ponts et beaucoup de fierté.  

En terminant, j’aimerais vous chuchoter mon mot d’amour du moment : c’est rêve, « rêv » en créole. »