Innover pour la réussite à l'école Wilfrid-Bastien!

19 décembre 2017

 

Un grand reportage de l’édimestre

C’est l’avant-dernière journée du mois de novembre, le ciel est couvert de nuages épais, presque opaques.  Un petit vent froid siffle sur mes oreilles pour me rappeler que cette grisaille d’automne fera bientôt place à l’hiver.   J’arrive à l’école Wilfrid-Bastien.  On m’a demandé de faire un reportage sur cette école qui compte plusieurs classes transformées en milieu de vie stimulant et convivial.  Les enseignants et la direction de cette école ont redoublé d’efforts afin que les élèves puissent évoluer dans un environnement où l’apprentissage est motivant, excitant, ludique et où les technologies de l’information sont au service de la pédagogie.

Je dois tout d’abord rencontrer la directrice de l’école et ensuite visiter trois classes afin de voir de quoi il en retourne vraiment.

 

Rencontre avec la directrice 

La directrice de l’école Wilfrid-Bastien, Mme Isabelle Massé, me raconte comment tout cela a débuté :

« C’est en 2009, avec l’aide d’un enseignant, Pierre Poulin, que nous avons commencé à discuter d’un projet permettant de modifier nos façons d’enseigner en intégrant les technologies de l’information de façon plus importante dans l’apprentissage des élèves.  Le projet a été mis en application en 2010 », raconte Mme Massé.

« Au départ, tout le monde ne jurait que par l’informatique, on voulait éliminer tous les papiers et avoir un ordinateur par élève.  Nous nous sommes rapidement rendu compte que cela n’était pas la bonne solution.  En ayant un ordinateur chacun, les élèves restaient isolés, chacun dans leur monde.  Le but de ces changements était justement d’éliminer ce type d’enseignement magistral où l’enseignant est devant la classe, exposant ses connaissances devant les élèves qui écoutent, chacun à leur pupitre », explique la directrice.

« Il a fallu beaucoup d’ajustements. Avec le temps, nous en sommes venus à la conclusion qu’un ordinateur pour une équipe de cinq à six élèves était amplement suffisant. De cette façon, nous favorisons l’implication active de l’élève dans son propre apprentissage.  L’enseignant accompagne l’élève dans son développement et plutôt que de lui transmettre les connaissances, il amène l’élève à trouver lui-même les réponses », souligne Mme Massé.

Je demande à Mme Massé quel est le plus grand changement dans le comportement des élèves de ces classes particulières.  « Ce sont les parents qui nous rapportent souvent que leurs enfants ne veulent pas manquer de jours de classe, même malades, ils veulent venir à l’école », rapporte la directrice. 

L’école Wilfrid-Bastien compte maintenant une dizaine de classes de ce type et deux classes-athlètes.

Nous poursuivons notre discussion et après quelques minutes, Mme Massé m’invite à visiter quelques classes.  

 

Classe de M. Daniel Leblond

Premier arrêt : la classe-athlètes de 6e année de M. Daniel Leblond.  Mme Massé m’explique que le programme de cette classe de 6e année a été mis sur pied afin de permettre aux jeunes athlètes du niveau primaire de se dépasser sur les plans sportif et scolaire. C’est aussi un peu une préparation pour les programmes sport-études de certaines écoles secondaires.  

En entrant dans la classe, le coup d’œil est saisissant.  Les tables sont placées en petits îlots permettant le travail d’équipe.  Le matériel des élèves est classé dans de petits casiers tout le long des murs.  « De cette façon, si l’élève doit se déplacer pour travailler dans une autre équipe, il n’a qu’à transporter son matériel vers une autre table, c’est beaucoup plus simple que de déplacer un pupitre », indique M. Leblond, l'enseignant de cette classe de 6e année.  « Nous avons été obligés de réfléchir à chaque détail afin d’optimiser l’espace de la classe selon nos besoins.  Par exemple, nous avons installé des tables le long des murs pour permettre l’installation d’ordinateurs. Cet espace est généralement perdu dans la plupart des autres classes », souligne-t-il.  Un espace de rassemblement comprenant un sofa et des chaises permet aussi à l’enseignant de donner des consignes à tous les élèves en même temps. La configuration des tables est modifiable selon les projets et la période de l’année.

Aujourd’hui, les élèves ne travaillent pas en équipe. « C’est une journée de travail autonome, les élèves décident eux-mêmes ce qu’ils doivent étudier.  Nous apprenons aux élèves à être plus autonomes afin de les préparer à la réalité du secondaire et du CÉGEP où il n’y aura pas toujours un professeur pour leur dire quoi faire.  Nous sommes continuellement en contact avec les écoles secondaires afin de corriger certaines lacunes qui ont été remarquées chez les élèves qui entrent au secondaire », explique Daniel Leblond.

Les technologies ont une place très importante dans l’enseignement de cette classe de 6e année, mais la technologie a parfois ses limites.  « Cette année, à la demande des élèves, nous sommes revenus à l’agenda en format papier.  Plusieurs élèves ont mentionné que ce serait plus pratique.  Par exemple, lorsqu’ils sont dans la voiture avec leurs parents sur le chemin de l’école, ils n'ont pas de réseau sans fil.  C'est donc parfois impossible pour eux de consulter leur agenda avant d'arriver en classe », rapporte l’enseignant. 

M. Leblond est très engagé envers ses élèves et soucieux de leur réussite.  Il a même mis au point un système de devoir très particulier. « C’est comme un buffet de devoirs à volonté », lance-t-il.  « Les élèves pigent dans cette énorme banque de devoirs et ils vont à leur rythme.  Si un élève sent qu’il a besoin de faire beaucoup d’exercices, il peut le faire et au contraire, si un élève juge qu’il maîtrise déjà la matière, il peut passer à une autre étape.  Il y a des périodes de l’année qui sont plus occupées par différentes compétitions sportives, l’élève a alors moins de temps pour les devoirs, mais il peut se reprendre plus tard », ajoute M. Leblond.  L’élève peut aussi suivre son cheminement à l’aide d’un graphique.  

Les élèves de la classe de M. Leblond réussissent très bien aux examens du Ministère et ont des moyennes frôlant les 90 % dans leurs bulletins.  « Ce n’est pas à cause de moi, ce sont des élèves formidables », précise-t-il avec beaucoup d’humilité.  Parions que M. Leblond joue tout de même un rôle déterminant dans la motivation et la réussite de ses élèves.

C’est avec admiration que je quitte cette classe magnifique.

 

Classe de M. Pierre Poulin

Je me dirige avec Mme Massé vers notre deuxième arrêt, la classe de 5e année de M. Pierre Poulin.  À mon arrivée, M. Poulin et ses élèves me souhaitent la bienvenue.  La présidente de la classe m’accueille en me serrant la main.  Elle m’offre ensuite une bouteille d’eau et un petit sachet de biscuits à l’avoine.  Un accueil digne d’un important dignitaire.  Je suis ravi, d’autant plus que cette marque de biscuits est exactement la même que je mangeais en arrivant de l’école lorsque j’étais petit.  En jetant un coup d’œil autour de cette classe, je me rends compte que le sachet de biscuits sera la seule chose qui me rappellera l’école de mon enfance.  

Encore une fois, pas de pupitres, seulement des tables permettant le travail d’équipe. Autre particularité : les tables sont assez hautes pour permettre aux élèves de travailler debout.  Un coin est aménagé en petit salon avec un sofa.  Les élèves peuvent s’installer où ils veulent pour travailler, un peu comme s’ils étaient à la maison.

M. Poulin m’invite à discuter avec les élèves.  J’apprends que plusieurs d’entre eux ont été nommés « ministres » et doivent s’occuper de tâches très importantes.  C’est avec une très grande fierté que les élèves, pardon, les ministres, m’expliquent leurs rôles. 

Je rencontre tout d’abord le ministre des Technologies qui s’occupe de l’informatique de la classe. 

Un peu plus loin, une jeune fille m’indique qu’elle est la ministre des Communications : c’est elle qui s’occupe d’informer les élèves lorsqu’il y a des messages importants.

Ensuite, un dynamique jeune homme me dit qu’il est le ministre de la Culture. « Par exemple, lorsque je découvre un nouvel artiste, je fais une présentation aux autres élèves pour qu’ils le découvrent à leur tour », indique le jeune ministre. 

Une autre jeune fille spécifie qu’elle est la ministre de la Justice. « Lors de conflits, je rencontre les élèves et je les aide à trouver une solution pour régler la situation », ajoute-t-elle, avec beaucoup d’assurance. 

Je rencontre ensuite la ministre de l’Éducation.  « J’aide les autres élèves et mon professeur lors des dictées. » 
– Tu dois être très bonne en français !  Elle me répond oui en opinant timidement de la tête.

Comment décrire cette classe et ces élèves ?  Je n’ai qu’un seul mot : wow !   

Quelle belle façon de développer l’estime de soi.   Quelle belle façon d’inculquer aux élèves le sens des responsabilités.  « Les ministres doivent prendre leur rôle très au sérieux, ils doivent vraiment s’impliquer », spécifie M. Poulin. 

Si un jour les ministres de la classe de M. Poulin se présentent aux élections, je vais voter pour eux, c’est certain. 

 

M. Poulin me montre un coin de la classe, où les élèves ont accès à un micro et à tout l’équipement nécessaire pour faire de la radio étudiante.  « Nous voulons faire des capsules qui seront disponibles sur iTunes », ajoute-t-il.

J’ai soudainement envie de demander à Mme Massé si je peux refaire ma 5e et ma 6e année à l’école Wilfrid-Bastien.  

Nous quittons la classe de M. Poulin.

 

Classe de Mme Isabelle Portelance

Mme Massé m’accompagne vers la classe de première année de Mme Isabelle Portelance.     

Le même principe s’applique pour les plus petits.  L’espace est convivial, on y retrouve même un petit coin avec des chaises en plastique, comme si nous étions dans un jardin.  Les élèves peuvent s’assoir à différents endroits, il y a, entre autres, une chaise berçante et des ballons d'exercice. C’est le moment d’apprendre l'orthographe de nouveaux mots.  Mme Portelance utilise beaucoup le tableau interactif pour illustrer les mots. Les élèves participent et sont très actifs.  La preuve que cette méthode peut s’appliquer à tous les niveaux du primaire.

Je dois maintenant partir, je remercie Mme Massé pour cette belle visite inspirante.

J’ai pu constater aujourd’hui tout l’excellent travail effectué par les enseignants et la direction de l’école Wilfrid-Bastien.  Les temps ont bien changé depuis l’époque où j’étais à l’école primaire.  C’est en me sentant un peu comme un vieux dinosaure que je me dirige vers ma voiture.  Je pense à la chance qu’ont les élèves d’aujourd’hui. Ils peuvent bénéficier de tous les derniers progrès technologiques pour apprendre d’une manière beaucoup plus stimulante.  Mais évidemment, on peu apprendre sans toutes ces tablettes et ces ordinateurs puissants.  Mme Massé me l’a d’ailleurs mentionné.  Les méthodes d’enseignement que j’ai vues aujourd’hui pourraient s’appliquer et fonctionner même sans ordinateur.  

Toutefois, on peut se demander : est-ce que ces nouvelles méthodes peuvent s’appliquer à toutes les classes ?  À tous les genres d’élèves ?  Peut-être pas.  La bonne vieille méthode avec des classes plus traditionnelles, plus encadrées est toujours utilisée et fonctionne encore très bien pour plusieurs personnes.

 Je mets la main dans la poche de mon manteau pour récupérer mes clés afin de déverrouiller les portières de ma voiture. Je tombe plutôt sur un petit sachet de plastique.  Ce sont les fameux biscuits que m’a offert la présidente de la classe de M. Poulin.  Je prends place dans la voiture et je mange un biscuit à l’avoine pour me remettre de mes émotions.  

- Crunch, croc, crunch, Huuuummm ! La même texture aussi dure que dans mes souvenirs, le même bon goût de mon enfance. Je regarde sur le sachet où l'on peut lire « Depuis 1929. »

Pourquoi ces biscuits sont-ils toujours populaires de nos jours ?  Parce que la recette est bonne et qu'elle a été éprouvée au cours des années.  Comme l’enseignement traditionnel avec des cours magistraux. 

Par contre, si je compare la technologie de ma voiture de 2017 avec un modèle de 1929.  Est-ce que je me serais rendu à l’école Wilfrid-Bastien, ce matin, sans système de navigation par satellite, sans sièges chauffants, sans suspension souple ?  Fort probablement que oui.  Mais le chemin aurait été plus long, plus pénible, peut-être que j’aurais trouvé la route trop cahoteuse, j’aurais peut-être même abandonné en chemin.  Le plaisir de conduite de ma voiture moderne m’a permis d’atteindre mon objectif beaucoup plus rapidement et de façon plus agréable. 

À l’école Wilfrid-Bastien et à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, les élèves peuvent bénéficier d’un bon mélange de vieilles méthodes éprouvées et d’innovations technologiques afin d’obtenir des méthodes d’enseignement adaptées aux élèves d’aujourd’hui.

– Bon, j’ai terminé mon biscuit.  C’est bien beau philosopher, mais j’ai du boulot moi !  J’appuie sur un bouton pour démarrer ma voiture, une petite voix électronique me dit qu’au bout de la route, je devrai tourner à droite.  Je commence à sentir les effets de mon siège chauffant dans le bas de mon dos. 

– Aaaah !  La technologie d'aujourd’hui, quelle joie !  Je continue ma route.  Je regarde sur mon manteau de laine, sur mon pantalon et sur le tapis de ma voiture et je vois qu’il y a beaucoup de petites miettes de mon biscuit… de 1929.